LES ORGUES


Composition de l'orgue

Les claviers comptent 58 notes.
Le pédalier compte 30 notes.
- Sommiers à gravures et à coulisses
- Traction mécanique directe pour chaque clavier et le pédalier
- Tirage des jeux mécanique complété par un combinateur électronique
L'orgue de Château-d'Oex possède un triple système de combinateur.
Le premier est un grand combinateur ajustable normal de huit fois 512 combinaisons, dont la capacité peut être encore augmentée grâce à des cartes-mémoires.
Le second est un petit combinateur ajustable de 8 combinaisons, dont les commandes sont situées sous le clavier.
Le troisième système consiste en deux combinaisons ajustables indépendantes répondant à deux pédales qui peuvent être soit appuyées brièvement (effet de sforzando, comme dans l'orgue de cinéma) ou crochées en position enclenchée, comme les combinaisons "!à la lombarde!" de l'orgue historique italien.
On a ainsi obtenu un instrument très souple et d'une immense variété de couleurs et de possibilités, avec un accent sur le répertoire du 19e, mais parfaitement capable de traduire une bonne partie du répertoire plus ancien.

I Grand Orgue
Bourdon 16'
Montre 8 (B-cs3 en façade)
Bourdon 8'
Prestant 4 (C-H en façade)
Doublette 2' extrait de la fourniture
Fourniture IV-V 2'2/3
Plein jeu IV 1'1/3
Trompette 8' 8' française
Accouplements II/I, III/I, II16/I

II Récit expressif
Bourdon 8'
Gambe 8'
Voix céleste 8' (jeu de 1922 dès Fs1 complété)
Flûte ouverte 4'
Flageolet 2'
Nazard 2'2/3 extrait du cornet II
Cornet II 2'2/3-1'3/5
Larigot 1'1/3 extrait du larigot II
Larigot II 1'1/3-1'
Hautbois 8' (jeu de 1952)
Voix humaine 8'
Clarinette 8'
Tremblant
Accouplement III/II

III Résonance expressive
Grande flûte 8'
Principal 4'
Plein jeu III 2'2/3-2'-1'3/5
Cornet V 8'
Bombarde 16'
Trompette 8' allemande

P Pédale
Soubasse 32' extension de la soubasse
Soubasse 16'
Principal 8'
Posaune 16'
Tirasses I/P, II/P, III/P, III4/P

Style de l'instrument

Guy Bovet
Organiste
Extrait de "La Tribune de l'orgue" 59/1

Voici quelques-unes des idées qui ont présidé à la conception de l'instrument de Château-d'Oex:

Pleins-jeux - Il est important que dans un instrument même petit, il y ait plusieurs couleurs de Mixtures. Nous devenons de plus en plus sensibles à cette idée!: le Plein-Jeu est une sonorité tellement essentielle à l'orgue (c'est même la seule qui lui appartienne exclusivement) que l'on ne peut pas se priver d'une certaine variété. Dans le cas présent, l'orientation romantique de l'instrument pose une exigence supplémentaire!: beaucoup d'oeuvres du 19e siècle (surtout allemandes) demandent une couleur de Mixture, mais ce n'est pas la même que celle dont on a besoin lorsqu'on joue du Bach. Et comme on ne peut quand même pas construire un instrument moderne sur lequel on ne puisse pas jouer au moins un peu de Bach, les exigences sont pointues.
Il était par conséquent indispensable que l'instrument possède autant de mixtures différentes que possible. Il y a deux Mixtures au G.O.!: l'une grave, l'autre plus aigüe. Le Récit permet la formation d'une Mixture flûtée, une entreprise périlleuse demandant beaucoup d'expérience, très bien réussie à Châteaud'Oex.
La Mixture avec Tierce du clavier de Résonance, imitée des "!Grossmixtur!" ou " Cornettmixtur " de l'orgue du 19e allemand, permet des mélanges intéressants; en outre, elle sert de Mixture de Pédale dans la musique ancienne. Enfin, sa composition rend même possibles des utilisations en solo, comme une sorte de jeu de Sesquialtera allemande.
Fonds - On sait bien qu'une Montre n'est pas une Montre et que cette dernière n'est pas non plus une Montre. En d'autres termes, on a besoin de fonds assez différents selon le genre de répertoire joué. Dans l'impossibilité de mettre plusieurs Principaux de 8' dans un aussi petit orgue, la grosse Flûte de la Résonance vient engraisser la Montre du G.O. lorsqu'on a besoin d'une base d'un certain volume. Les accouplements en octaves graves (si nécessaires chez Franck) viennent encore épaissir la base lorsque c'est nécessaire.
Anches - On s'est aperçu depuis quelques années - environ au moment de la création de l'orgue de la Collégiale de Neuchâtel - que de même qu'il y a Montre et Montre, il y a aussi Trompette et Trompette, etc., etc. Bien qu'orienté vers la musique du 19e (Clarinette, Hautbois, Voix Humaine), l'instrument offre une batterie de grandes anches plutôt françaises (Bombarde et Trompette), et une autre de grandes anches allemandes (Trompette allemande et Posaune). Les expériences faites avec les anches allemandes de Neuchâtel ont montré que celles-ci pouvaient rendre d'immenses services également dans la musique symphonique, car elles se mélangent beaucoup mieux avec les fonds et éventuellement les mixtures, alors que les anches françaises ont tendance à faire bande à part. Elles peuvent également offrir un palier supplémentaire entre le mélanges fonds+hautbois et le moment où arrivent les grandes anches!; ou plus particulièrement dans un petit instrument comme celui de Château-d'Oex, remplacer éventuellement l'effet "!Anches R!", les anches françaises entrant en scène pour l'effet "!Anches G.O.!".
Jeux de couleur - Les différents jeux de tierce sont assez bien représentés, avec un jeu de Tierce surmonté, si l'on veut, d'un Larigot au 2e clavier, un grand Cornet au 3e, où se trouve également la Mixture-Tierce, composée exactement comme un Cornet, mais en tailles de Principaux, ce qui donne également une possibilité de solo.
Fonctions du clavier de Résonance - Comme son nom l'indique, cette division peut compléter soit la Pédale (fonction particulièrement utile dans la musique baroque), soit le G.O. Elle peut également s'ajouter au Récit pour former un "!Grand-Récit!", fonction pour laquelle la double boîte d'expression a une importance particulière.
Double boîte expressive - Cette idée, que nous avons expérimentée pour la première fois à Château-d'Oex, a été inspirée par le fait du peu d'acoustique de l'église, et par le désir de pouvoir donner une plus grande distance à l'émission du son.
Les 2e et 3e claviers sont placés l'un derrière l'autre, chacun dans sa propre boîte. L'astuce réside dans le fait que les deux boîtes communiquent à travers une paroi elle-même expressive.

Les nouvelles orgues

Alain Aeschlimann
Facteur d'orgues
Manufacture d'orgues St-Martin SA

La construction d'un nouvel orgue est à chaque fois une aventure inédite et particulière. En effet, il ne s'agit jamais du même édifice!: le volume, l'acoustique et l'emplacement diffèrent de cas en cas.
Dans ce processus, c'est la phase de gestation qui est déterminante et la plus enthousiasmante. Maître de l'ouvrage, organiste, expert et facteur d'orgues s'entendent sur le style à donner à l'instrument.
Celui-ci peut être fonction du paysage organologique de la région, du goût des intervenants, mais il doit dans tous les cas tenir compte aussi de l'importance et de l'acoustique du volume dans lequel sera construit l'instrument.
C'est le stade des propositions, des grandes envolées parfois euphoriques, mais qui aboutissent finalement au choix d'une composition (palette de jeux), au nombre de claviers et de boîtes expressives, par exemple... C'est là aussi que l'organier, dont dépend généralement la disposition intérieure des différents plans sonores et l'aménagement technique de l'instrument, approuve ou se fait réticent, car il considère déjà le volume et la hauteur à disposition et le matériel sonore qu'il devra y loger, ne manquant pas de répéter, s'il le faut, qu'un buffet trop plein mène au phénomène de saturation, lequel empêche le son de se propager correctement.
Le projet prenant forme, il se concrétise alors sous forme de dessins et de plans d'exécution.
S'ensuit un temps moins passionnant, celui, long et fastidieux durant lequel un terrain d'entende devrait être trouvé avec les experts cantonaux quant à la partie visuelle de l'orgue et plus précisément quant à la réutilisation de l'ancien buffet et à son intégration à la partie nouvelle à créer. Aujourd'hui, il ne reste plus, de cet ancien buffet, que la partie supérieure peinte en rouge que supporte un soubassement neuf, à notre goût, exagérément stylisé. Mais l'avis d'un simple artisan n'a, en tel cas, qu'importance minime...
L'instrument finit cependant par prendre forme, en atelier d'abord, puis, avec bien du retard sur la nouvelle galerie du Temple. Il s'est donc agi de construire, sur une tribune neuve dont le plancher a bien heureusement été abaissé de quelque 30 cm, un instrument de 27 jeux, distribués sur 3 claviers et pédalier et, élément particulier, devant comprendre 2 boîtes expressives. L'installation d'un combinateur électronique permet, en outre, la préparation, l'appel et le renvoi d'un certain nombre de combinaisons de jeux.
La disposition intérieur de l'instrument est avant tout tributaire de la hauteur disponible sur la tribune et de l'emprise volumétrique des 2 boîtes expressives, sorte de buffets fermés munis de jalousies que l'organiste peut ouvrir ou fermer à volonté afin de moduler l'intensité sonore. Ainsi, nous avons créé un buffet général assez large et aussi profond que possible pour que les plans sonores ouverts du Grand-Orgue et de la Pédale ne soient pas gênés par les boîtes expressives, tout en veillant à mettre particulièrement en évidence la façade ancienne et à relativiser, autant que faire se peut, la partie nouvelle en la maintenant en retrait. Excepté la soufflerie qu'il a fallu loger dans les combles, dans un local isolé, tout l'instrument est construit sur un seul et même niveau.
Les 2168 tuyaux de l'orgue, dont 120 sont en bois, se groupent donc en 27 jeux répartis en 4 plans ou divisions sonores représentés par les 3 claviers de 58 notes (Do1-la5) et le pédalier de 30 notes (Do1-fa3).
Géographiquement, ces plans sonores prennent place à l'intérieur du buffet de la manière suivante!:
- le Grand-Orgue (correspondant au 1er clavier) occupe la partie centrale avant de l'instrument et se situe juste au-dessus de la console (meuble comprenant les claviers et les commandes de registres), derrière les pieds des tuyaux de façade qu'il fait parler.
En fait, il remplit entièrement ce qu'on pourrait désigner comme étant l'ancien buffet. Du point de vue sonore, c'est le plan le plus présent. Il se caractérise par l'ensemble de ses principaux et ses 2 pleins-jeux.
- Derrière le Grand-Orgue, un peu en contrebas, se trouvent les 2 boîtes expressives placées l'une derrière l'autre. Celle de devant correspond au Récit (2e clavier) dont les sonorités sont faites de nuances pour les fonds (Gambe, Bourdon et Flûte) et d'une belle variété de timbres ou de couleurs pour le jeu de Tierce et pour les anches (Clarinette, Voix humaine et Hautbois).
- La boîte arrière contient la Résonance (3e clavier), plan sonore ainsi nommé car il se compose de jeux gros et puissants (Flûte,Bombarde, Grand Cornet) et peut utilement compléter le Grand- Orgue et la Pédale.
- Ces deux corps sonores (Récit et Résonance) sont séparés par une paroi de bonne épaisseur, mais elle comprend, elle aussi, des volets mobiles. Il devient ainsi possible de faire de ces deux claviers un seul et même grand Récit.
- La Pédale, quant à elle, est disposée latéralement de part et d'autre des boîtes expressives, en 2 demi-sommiers diatoniques. Réduite à un minimum de jeux, elle fait parler les tuyaux les plus graves (en bois).
Enfin, l'espace relativement restreint encore disponible sous les différents plans sonores est réservé à la mécanique!: mécanisme ou traction de la console, avec ses claviers et ses rangées de balanciers servant aux accouplements et tirasses; départs, aussi, à l'horizontal, des vergettes s'en allant tirer les soupapes aux différents sommiers; mécanique de registres, encore, disposée verticalement de part et d'autre des claviers et manoeuvrant les coulisses commandant l'ouverture du vent aux différentes rangées de tuyaux. S'il fallait brièvement évoquer quelques-unes des caractéristiques marquantes de cet instrument, nous dirions qu'il surprend par la variété de ses timbres et la couleur des différents mélanges de jeux possibles, tant en ce qui concerne les jeux de fonds, la registration des pleins-jeux et des jeux de Tierce et le choix des anches. Voilà autant d'éléments qui devraient aiguillonner la curiosité et le jeu de l'organiste et susciter l'intérêt de l'auditeur.

Ont participé à la construction de cet instrument:
Manufacture de Saint-Martin:
Alain Aeschlimann
Jacques-Adré Jeanneret
G. Cattin
C. Fuchs
C. Simonet
G. Roulet
Th. Murray-Robertson
M. Grand
Harmonisation:
A. Aeschlimann
J.-A. Jeanneret
Avec la collaboration de:
A. Wolf
M. Pircher
tuyautiers à Riedern (Glaris) pour les tuyaux à bouche et à anche
N. Peguiron
Logma SA au Locle, pour le combinateur électronique